Une ferme c'est d'abord une unité de production de produits agricoles. Dans le Laonnois, l'activité dominante, c'est la grande culture. L'élevage est résiduel. Il reste des moutons sur la ferme pour tirer partie de quelques prés non cultivables.
A Chantrud, la saison agricole commence après la moisson. Il faut travailler
les parcelles récoltées pour provoquer un bon mélange entre
la paille et la terre et détruire les mauvaises herbes. Il est possible aussi
d'apporter de l'engrais pour les cultures suivantes et d'implanter des cultures
"dérobées". Ces cultures ont pour but de consommer l'azote
et les éléments minéraux présents dans le sol et
d'assurer un couvert à la terre. Elles ne seront pas récoltées,
mais incorporées au sol pour le nourrir. Début septembre ont lieu les
semis de colza. Fin septembre commencent les arrachages de betteraves
jusqu'à début novembre. Entre temps il faut semer le blé et les céréales d'automne,
récolter
le maïs.
Ensuite, vient la période des labours où la terre va se refermer sur la culture
passée et se préparer à recevoir la prochaine.
Au cœur de l'hiver c'est l'entretien du matériel, des bâtiments et l'expédition du grain conservé à la ferme au moment de la récolte qui constituent l'activité de l'agriculteur. La ferme de Chantrud s'est spécialisée dans la multiplication de céréales pour reproduire des semences (blé, pois,) et la production de blés de qualité ou d'orge de brasserie. Cela nécessite de pouvoir les entreposer à la ferme et de les livrer au moment de la demande des acheteurs.
Pour redémarrer après l'hiver, les semis d'orge de printemps, de pois peuvent avoir lieu à partir de février ainsi que les épandages d'engrais. Les betteraves seront semées à partir de fin mars. Mais depuis la saison 2008, l'EARl "Les chêneaux" a cédé son quota (voir nouvelles). La saison des semis continue par le maïs en avril. Pour les cultures en place, il faut prévoir les apports d'engrais, les désherbages chimiques, les traitements fongicides ou insecticides. Pour les cultures "bio", le désherbage est uniquement mécanique ou manuel.
En
juillet, c'est la moisson. Elle commence par l'escourgeon, puis le colza.
Les blés suivront : ils sont souvent mûrs en même temps que les pois et l'orge.
Une nouvelle saison s'ouvre.
La
culture "biologique"En 2001, avec la souscription d'un contrat territorial d'exploitation (C.T.E.) la ferme du bois de Chantrud a entrepris une conversion partielle en culture "biologique". 3 ans sont nécessaires pour obtenir le label. Les contrôles sont effectués annuellement par l'organisme certificateur "ECOCERT".
Pour la saison 2008, la production certifiée en culture biologique est de 7 ha de blé, 7 ha d'épeautre, 60 ares sont plantés en pommes de terre, 2 ha 60 sont consacrés à une bande enherbée anti-érosion en bordure de marais, 1 ha de noyers à fruits commence à produire. 30 ares d'oignons et légumes divers sont mis en place. Une conversion de 10 hectares supplémentaires a été programmée pour la saison prochaine, il y sera semé du triticale, une céréale issue d'un croisement de seigle et de blé qui est utilisée en alimentation animale.
Depuis juin 2003, un atelier artisanal de production d'oeufs bio est en place. Une centaine de poules pondeuses sont abritées dans un poulailler mobile de 60 m² et peuvent courir en liberté dans un parcours enherbé de 18 ares qui leur est réservé.
Pour compléter la gamme, depuis 2007, la ferme du Bois de Chantrud s'est équipée d'un moulin à céréales à meule de pierre et transforme son blé en farine. C'est la qualité des blés améliorants cultivés (variétés "Renan" et "Pactole") et la fraîcheur de la mouture qui font l'intérêt de cette farine qui est disponible en 5 taux de tamisage :
Farine claire (type 65) à utliser pour la pâtisserie fine (2, 25 €/kg)
Farine bise (type 80) pour la pâtisserie et le pain bis. (1, 90€/kg)
Farine 1/2 complète (type 95) pour les crêpes et le pain 1/2 complet (1, 70 €/kg)
Farine complète (type 110) pour la pâtisserie sèche et le pain complet (1, 60 €/kg)
Farine intégrale (type 150) pour les galettes de blé et le pain intégral (1, 50 €/kg)
.
Pour établir des liens entre agriculteurs biologiques : Philippe Charpentier, apiculteur à Lugny (15 km au Nord), qui respecte les règles du cahier des charges de production bio, a installé 30 ruches à la ferme de Chantrud, pour bénéficier de la floraison des arbres et arbustes, du trèfle, et des engrais verts (phacélie-moutarde...). Il est spécialisé dans l'élaboration de "gelée royale" dont il est un des rares producteurs en France.
Oeufs moyens (> 50g) : |
Pommes de terre |
Oignons |
|---|---|---|
2 € les 6 ou 3, 80 € les 12 ou 9 € les 30 |
variété à chair
ferme "Ditta" : 5 € les 3 kg, 15 € les 10 kg |
6 € le
sac de 2,5 kg |
variété à chair
tendre "Cosmos" : |
C'est d'abord ce qui attire le citadin. Or l'agriculteur, devenu prioritairement un agent économique depuis quelques décennies s'est souvent désolidarisé du milieu naturel. Mais il est destiné à vivre à son contact.
A Chantrud, situé sur la commune de Grandlup (grandis lucus : grand bois) les terres ont sans doute été gagnées sur la forêt de Samoussy. La chance du site, c'est d'être traversé par un marais qui suit le lit du ru qui lui a donné son nom(cant. ruvis : le chant du ruisseau). Ce cours d'eau est devenu intermittent, mais l'existence du marais est durable.
Nous sommes ici sur un sous-sol calcaire recouvert d'une couche plus ou moins épaisse de limons et de quelques tâches d'argile. Ce sont des sols propices à la grande culture. Des plans du 19e siècle nous révèlent que les prés et les bois étaient déjà rares. Par contre les géomètres prenaient le soin d'indiquer les nombreux arbres isolés ou en alignement qui peuplaient la plaine. Des noms de lieux-dits en gardent la trace : les peupliers, l'orme, la saux (saule), le suie (sureau), l'épine de Verneuil. Il faut dire que l'arbre avait son importance économique, en charpente, menuiserie, charronnerie, bois de chauffage ou alimentaire (fruitiers). Son ombre était prisée des animaux ou des moissonneurs à l'heure de la pose. .
Les agriculteurs qui se sont succédés ont peu modifié la place de l'arbre dans le paysage jusqu'à la première guerre mondiale. Ensuite c'est le remembrement, effectif en 1967, qui a remodelé le parcellaire. Lucien Vuilliot, fils de forestier, accordait de l'importance aux arbres et c'est Charles Vuilliot, son fils, chasseur attentif, qui a veillé à maintenir des d'arbres et des buissons pour l'abri du gibier,
En perdant son utilité aux yeux des ruraux, l'arbre a régressé; mais on le redécouvre
En 1995, .une haie de 500 m a été plantée et en 1997, une prairie de 2,5 ha reboisée.
Le désherbage chimique a éliminé de la plaine un certain
nombre de plantes qui poussaient naturellement. Pour essayer de les réintroduire,
nous avons fait des essais de semis de plantes disparues, notamment l'emblématique
bleuet.
La nature du sol a aussi déterminé l'architecture des bâtiments et des maisons. Outre le bois, c'est la pierre et la brique qui ont servi à édifier les maisons du nord-Laonnois. La brique était fabriquée avec la terre (argile) tirée du sol. Cette terre (lieu-dit le Terrage)a dû servir aussi à bâtir des murs en torchis. La pierre était extraite du sol. C'est pour cela que l'on rencontre principalement en construction le grès, tiré de certains sous-sols sableux (lieu-dit : les grès) et la pierre blanche tirée du sous-sol crayeux. La craie a aussi servi à fabriquer la chaux qui servait de liant au mortier. La construction moderne s'est affranchie de ces matériaux de terroir, mais ils sont encore présents ici.
Pour accueillir les groupes et recevoir des expositions un local à colombages, en bois et torchis de chanvre et chaux a été construit par des artisans en employant des techniques traditionnelles. Achevé en 1999, il s'appelle la "maison du bois".
Un autre bâtiment en bois est en cours de restauration. Les phases de restauration pourront servir de chantier d'apprentissage aux techniques traditionnelles de construction.