Une ferme c'est d'abord une unité de production de produits agricoles. Dans le Laonnois, l'activité dominante, c'est la grande culture. L'élevage est résiduel. Il reste des moutons sur la ferme pour tirer partie de quelques prés non cultivables.
A Chantrud, la saison agricole commence après la moisson. Il faut travailler
les parcelles récoltées pour provoquer un bon mélange entre
la paille et la terre et détruire les mauvaises herbes. Il est possible aussi
d'apporter de l'engrais pour les cultures suivantes et d'implanter des cultures
"dérobées". Ces cultures ont pour but de consommer l'azote
et les éléments minéraux présents dans le sol et
d'assurer un couvert à la terre. Elles ne seront pas récoltées,
mais incorporées au sol pour le nourrir. Début septembre ont lieu les
semis de colza. Fin septembre commencent les arrachages de betteraves
jusqu'à début novembre. Entre temps
il faut récolter
le maïs. Et aussi semer le blé et les céréales d'automne.
Pour la saison 2008-2009 une nouveauté agronomique a été adoptée. Un traceur
à été installé sur le semoir qui va servir de guide pour biner les céréales
"bio".
Ensuite, vient la période des labours où la terre va se refermer sur la culture passée et se préparer à recevoir la prochaine. Mais il faut veiller à ne pas laisser la terre nue trop longtemps. En accord avec les directives européennes, un maximum de surface reste couvert par des cultures intermédiaires pendant l'hiver.
Au cœur de l'hiver c'est l'entretien du matériel, des bâtiments et l'expédition du grain conservé à la ferme au moment de la récolte qui constituent l'activité de l'agriculteur. Avec la conversion à l'agriculture biologique, la ferme de Chantrud a dû s'équiper pour entreposer les céréales car il n'y a pas de lieu de livraison à proximité. La nouveauté en 2009 est l'installation d'un trieur-séparateur qui permet de nettoyer les grains en enlevant notamment les graines d'herbes qui poussent dans la récolte. Ainsi la conservation et meilleure et la qualité améliorée.

Pour redémarrer après l'hiver, les semis d'orge de printemps, de pois ou de féveroles peuvent avoir lieu à partir de février ainsi que les épandages d'engrais. Les betteraves seront semées à partir de fin mars. Mais depuis la saison 2008, l'EARl "Les chêneaux" a cédé son quota et ne cultive plus de betteraves sucrières (voir nouvelles). La saison des semis continue par le maïs en avril. Il faut aussi planter les pommes de terre. Pour les cultures en place, il faut prévoir les apports d'engrais, les désherbages chimiques, les traitements fongicides ou insecticides. Pour les cultures "bio", le désherbage est uniquement mécanique avec la herse étrille et la bineuse ou manuel.
En
juillet, c'est la moisson. Elle commence par l'escourgeon (ou orge d'hiver),
puis le colza. Les blés suivront : ils sont souvent mûrs en même temps que
les pois, l'orge et le triticale ou l'épeautre. C'est souvent l'avoine
qui clot la moisson et sert à confectionner le "bouquet de la moisson".
Les féveroles
se récoltent
un peu plus tard. Ensuite, une nouvelle saison s'ouvre.
La
culture "biologique"En 2001, avec la souscription d'un contrat territorial d'exploitation (C.T.E.) la ferme du bois de Chantrud a entrepris une conversion partielle en culture "biologique". 3 ans sont nécessaires pour obtenir le label. Les contrôles sont effectués annuellement par l'organisme certificateur "ECOCERT".
Pour la saison 2011, la production certifiée en culture biologique est de 7 ha de blé, 8 ha d'avoine d'hiver. Plus d'1 ha sont plantés en oignons, ail, échalotes.1, 5 ha sont plantés en pommes de terre. 4 ha de lentilles vertes sont semés en mélange avec de la cameline dont la fine graine peut produire de l'huile. Il y a aussi 3 ha de luzerne. 1 ha 60 sont consacrés à une bande enherbée anti-érosion en bordure de marais, 1 ha de noyers à fruits commence à produire.et quelques ares sont consacrés aux légumes, notamment courges, carottes et haricots de Soissons.
28 hectares sont en 2e année de conversion ; il y est semé du 0,7 ha d'orge, 9 ha de luzerne et 18 ha de triticale, une céréale issue d'un croisement de seigle et de blé qui est utilisée en alimentation animale. Cette céréale a été semée en association avec des pois d'hiver pour mieux valoriser l'azote de l'air.
Depuis juin 2003, un atelier artisanal de production d'oeufs bio est en place. 195 poules pondeuses sont abritées dans un poulailler mobile de 60 m² et peuvent courir en liberté dans un parcours enherbé de 24 ares qui leur est réservé.
Pour compléter la gamme, depuis 2007, la ferme du Bois de Chantrud s'est équipée d'un moulin à céréales à meule de pierre et transforme son blé en farine. C'est la qualité des blés améliorants cultivés (variétés "Renan" et "Pactole") et la fraîcheur de la mouture qui font l'intérêt de cette farine qui est disponible en 5 taux de tamisage :
Farine claire (type 65) à utliser pour la pâtisserie fine (2, 80€/kg)
Farine bise (type 80) pour la pâtisserie et le pain bis. (2, 20 €/kg)
Farine 1/2 complète (type 95) pour les crêpes et le pain 1/2 complet (1, 90 €/kg)
Farine complète (type 110) pour la pâtisserie sèche et le pain complet (1, 70€/kg)
Farine intégrale (type 150) pour les galettes de blé et le pain intégral (1, 50 €/kg)
S'y est ajouté en 2008 :
l'Epeautre (type 95) pour les brioches et le pain 1/2 complet (3, 80 €/kg)
et en 2009 :
Le seigle (type 95) pour le pain d'épices et le pain 1/2 complet (3. 20 €/kg)
Afin d' améliorer la qualité des grains pour la mouture ou la vente, une installation de trieur-séparateur a été réalisée en 2009.
Cela permet un meilleur calibrage et élimine les graines des herbes adventices et les débris de battage.
Depuis l'année 2008, de la paille est récoltée en petits ballots pour les animaux de basse-cour, ânes ou chevaux.
En 2009, de la paille de seigle et d'avoine (2€/ballot) sont disponibles à la vente. L'absence de produits chimiques et la présence de nombreuses herbes adventices rendent ces pailles très appétentes en alimentation.
Jusqu'à présent, les produits de l'exploitation étaient vendus sur place ou sur les marchés, mais depuis le 1 juin 2009, plus de 70 "paniers" d'oeufs sont servis 44 semaines/an dans 2 AMAP (association pour le maintien d'une agriculture paysanne) sur Reims et Laon et une 3e en région parisienne.
Pour établir des liens entre agriculteurs biologiques : Philippe Charpentier, apiculteur à Lugny (15 km au Nord), qui respecte les règles du cahier des charges de production bio, a installé 30 ruches à la ferme de Chantrud, pour bénéficier de la floraison des arbres et arbustes, du trèfle, et des engrais verts (phacélie-moutarde...). Il est spécialisé dans l'élaboration de "gelée royale" dont il est un des rares producteurs en France.
Oeufs moyens (> 50g) : |
Pommes de terre |
Oignons |
|---|---|---|
2,10 € les 6 ou 4,20 € les 12 ou 10 € les 30 |
variété à chair
ferme "Ditta" : 5 € les 3 kg, 15 € les 10 kg |
4, 8 € le
sac de 2,5 kg |
variété à chair
tendre "Cosmos" : |
C'est d'abord ce qui attire le citadin. Or l'agriculteur, devenu prioritairement un agent économique depuis quelques décennies s'est souvent désolidarisé du milieu naturel. Mais il est destiné à vivre à son contact.
A Chantrud, situé sur la commune de Grandlup (grandis lucus : grand bois) les terres ont sans doute été gagnées sur la forêt de Samoussy. La chance du site, c'est d'être traversé par un marais qui suit le lit du ru qui lui a donné son nom(cant. ruvis : le chant du ruisseau). Ce cours d'eau est devenu intermittent, mais l'existence du marais est durable.
Nous sommes ici sur un sous-sol calcaire recouvert d'une couche plus ou moins épaisse de limons et de quelques tâches d'argile. Ce sont des sols propices à la grande culture. Des plans du 19e siècle nous révèlent que les prés et les bois étaient déjà rares. Par contre les géomètres prenaient le soin d'indiquer les nombreux arbres isolés ou en alignement qui soulignaient la plaine. Des noms de lieux-dits en gardent la trace : les peupliers, l'orme, la saux (saule), le suie (sureau), l'épine de Verneuil. Il faut dire que l'arbre avait son importance économique, en charpente, menuiserie, charronnerie (fabrication des outils aratoires et des chariots), bois de chauffage ou alimentaire (fruitiers). Son ombre était prisée des animaux ou des moissonneurs à l'heure de la pose. .
Les agriculteurs qui se sont succédés ont peu modifié la place de l'arbre dans le paysage jusqu'à la première guerre mondiale. Ensuite c'est le remembrement, effectif en 1967, qui a remodelé le parcellaire, supprimant de nombreuses "frettes", ces cordons herbeux, parsemés d'arbustes, qui coupaient les pentes . Lucien Vuilliot, fils de forestier, accordait de l'importance aux arbres et c'est Charles Vuilliot, son fils, chasseur attentif, qui a veillé à maintenir des buissons pour l'abri du gibier,
En perdant son utilité aux yeux des ruraux, l'arbre a régressé; mais on le redécouvre
En 1995, une haie de 500 m a été plantée et en 1997, une prairie de 2,5 ha reboisée. Depuis 12 ans, en raison de dégâts météorologiques ou de maladies, nous faisons évoluer ce dernier boisement en y introduisant une grande diversité d'essences, quelquefois exotiques, et en laissant la nature y semer. Ainsi est né l'arboretum.
En 2011, en remplacement d'un talus miné par les lapins, nous avons planté une nouvelle haie. Ce n'était pas la bonne année à cause de la sécheresse. Mais la nature esssaime de nombreux arbustes dans les bordures de champs, que nous veillons à protéger et entretenir (voir archives).
Le
désherbage chimique a éliminé de la plaine un certain
nombre de plantes qui poussaient naturellement. Pour essayer de les réintroduire,
nous avons fait des essais de semis de plantes disparues, notamment l'emblématique
bleuet. Et nous avons
le plaisir de constater qu'il se resème naturellement.
Pour accompagner les céréales "biologiques", il faut recréer l'équilibre de plantes messicoles qui existait avant la culture industrielle.
La nature du sol a aussi déterminé l'architecture des bâtiments et des maisons. Outre le bois, c'est la pierre et la brique qui ont servi à édifier les maisons du nord-Laonnois. La brique était fabriquée avec la terre (argile) tirée du sol. Cette terre (lieu-dit le Terrage)a dû servir aussi à bâtir des murs en torchis. La pierre était extraite du sol. C'est pour cela que l'on rencontre principalement en construction le grès, tiré de certains sous-sols sableux (lieu-dit : les grès) et la pierre blanche tirée du sous-sol crayeux. La craie a aussi servi à fabriquer la chaux qui servait de liant au mortier. La construction moderne s'est affranchie de ces matériaux de terroir, mais ils sont encore présents ici.
Pour accueillir les groupes et recevoir des expositions un local à colombages, en bois et torchis de chanvre et chaux a été construit par des artisans en employant des techniques traditionnelles. Achevé en 1999, il s'appelle la "maison du bois".
Un autre bâtiment en bois est en cours de restauration. Les phases de restauration pourront servir de chantier d'apprentissage aux techniques traditionnelles de construction.